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© Coline Termash

 

L' Honneur

 

 

Il était petit, carré et près de la mer.

Sa situation éloignée m’obligeait à sortir de la chambre tôt dans l'après-midi.
Je devais traverser la ligne de chemin de fer qui longeait pendant quelques kilomètres la côte. La mer est souvent retournée à cet endroit ; aussi fallait-il disparaître sous un tissu huilé pour échapper aux embruns. Je pouvais l'apercevoir du belvédère et rien,  à cet instant de l’arrêt,  ne me laissait supposer que son obscurité apparente marquerait durablement mon étonnement.

Entouré de pierres blanches, de terre brunie par l’envoi éternel des vagues, de lichen et d’aiguilles tombées des pins maritimes, le café du port abandonné claquait sa porte au rythme des vents, offrant son espace par intermittence aux contours vibrants des offreurs et des chercheurs d’alcool sombre, des inventeurs de paroles et des obscurs. Tous étaient dans la danse de l’ambre et des sueurs et s’enfouissaient davantage le visage et la bouche pour embrasser l’os blanc des frontispices. Après, dans le repos des toiles cirées, ils se souvenaient du fracas de leur  verre unique  brandi vers les frontons, et de leur fidélité  au comptoir des discours énorme tel le navire amiral ; et, à nouveau, ils crachaient à la face des prélats avant de s’immobiliser entre les pierres pour conjurer avec l’Eternel le mauvais sort jeté par les empoisonneurs de la Beauté : « Celle qui s’est assise » et qui, détruite par le mauvais opium du trafiquant de soi, s’est laissée un peu trop faire, moins fille que la fille à marins.  


Je capturai à travers la silice les poussières accumulées sous un lustre qui semblait encore tinter des tirades citoyennes. Puis, je me perchai sur un improbable tabouret noirci par les fumées pour mieux voir la perle de l’honneur national tomber doucement dans la mer.

 

 Paris I 2013

© Coline Termash

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